MICS 7 au Cameroun :

« Derrière chaque donnée collectée, il y a une réalité humaine »

Après près de trois mois sur le terrain, les équipes de l’enquête par grappes à indicateurs multiples (MICS) 7 arrivent progressivement au terme de leur mission. Mme NGONO Marguerite Ghislaine, Coordonnatrice technique adjointe, revient sur les réalités de la collecte, les enseignements tirés du terrain et les prochaines étapes.

  1. La collecte de données touche à sa fin. Quel regard portez-vous sur ces derniers mois de terrain ?

Le bilan que nous tirons aujourd’hui alors que nous sommes à quelques jours seulement de la fin de la collecte, est globalement satisfaisant. Sur les 88 jours prévus pour la collecte, la grande majorité des grappes échantillonnées a pu être couverte conformément au plan établi. Au total, 598 grappes échantillonnées hors des camps de réfugiés et 205 grappes dans les camps de réfugiés de l’Est, de l’Adamaoua et de l’Extrême-Nord sont en train d’être effectivement couvertes. Environ dix grappes de la région du Nord-Ouest restent non entamées en raison de la situation sécuritaire. Des dispositions sont actuellement prises pour réduire le nombre de grappes non couvertes dans cette région. Toutefois, il faut dire que le terrain n’a pas toujours été simple. Certaines localités étaient très difficiles d’accès (par moto ou par voie navigable). Dans d’autres zones, les conditions sécuritaires n’ont pas facilité la tâche aux enquêteurs. Mais grâce à la mobilisation des autorités administratives, des guides locaux, des communautés et des équipes techniques, nous avons réussi à surmonter une bonne partie de ces obstacles. Cela montre aussi l’importance que les populations accordent à cette enquête et le rôle incontournable du service des autorités administratives.

2. La qualité des données reste une priorité absolue en matière de statistique, comment garantissez-vous la fiabilité des informations collectées sur le terrain ?

La qualité des données est au cœur de toute l’opération. Nous avons mis en place un système de contrôle très rigoureux, aussi bien sur le terrain qu’au niveau central.

Concrètement, les superviseurs et chefs d’équipe accompagnent quotidiennement les enquêteurs pour vérifier que les questionnaires sont correctement administrés, que les mesures anthropométriques (mesures du poids, de la taille et du périmètre brachial afin d’évaluer l’état nutritionnel des enfants, NDLR) respectent les protocoles et que les données transmises ne comportent pas d’incohérences. Les tests de qualité de l’eau font également l’objet d’un suivi rigoureux. Ce travail est assuré par les experts de l’INS, avec l’appui de spécialistes issus de plusieurs administrations publiques et de l’UNICEF, notamment dans les domaines de la nutrition, de l’éducation, de la vaccination et de l’eau.

À distance, les équipes techniques organisent des débriefings quotidiens après la synchronisation des données collectées sur les tablettes. Ces échanges permettent d’identifier rapidement les incohérences éventuelles, de corriger les erreurs et d’accompagner les enquêteurs lorsque cela est nécessaire. Des outils numériques de suivi permettent également de contrôler en temps réel l’évolution de la collecte, les performances des équipes et la qualité des données transmises. Grâce à ce dispositif, certaines difficultés ont pu être détectées rapidement et corrigées à travers des séances de recyclage ciblées. Au final, tout est mis en œuvre pour garantir des données solides, fiables et utiles à la prise de décision. Notre objectif est clair : produire des données fiables, capables d’aider réellement à la prise de décision.

3. Quelles réalités quotidiennes vivent les agents enquêteurs sur le terrain ?

Le travail des enquêteurs demande énormément d’endurance et de patience. Leur journée commence par le repérage des ménages sélectionnés. Dans certaines localités, retrouver les ménages sélectionnés peut prendre plusieurs heures, surtout dans les zones rurales où l’habitat est dispersé et où les repères sont limités. Parfois ils sont obligés de prendre des guides locaux pour s’orienter à partir des seules références de la cartographie préalable (coordonnées GPS, adressage inscrit sur les logements dénombrés, descriptions des structures et logements, utilisation de l’adressage et description des ménages voisins issus du fichier de dénombrement global de la grappe).

Il faut aussi compter avec la disponibilité des répondants car l’enquêteur doit obtenir le consentement du répondant avant d’administrer le questionnaire. Ce qui impose parfois à l’agent de revenir plusieurs fois dans un même ménage (application de la règle des trois revisites).

Les contraintes matérielles sont également importantes : manque d’électricité pour recharger les tablettes, autonomie limitée des équipements, insuffisance de power Bank, routes difficiles, accès obligeant le recours à la pirogue à moteur ou au moto-taxi (les zones comme Bamusso, Idabato ou Mbonge dans le Sud-Ouest, Mouanko et ses îles dans le Littoral, etc.). À cela s’ajoutent des contraintes sécuritaires qui imposent, dans certains départements à risque élevé, de suspendre le travail le lundi (Sud-Ouest et Nord-Ouest) et de passer par des civilités administratives préalables (rencontre du Préfet à Mundemba dans le Sud-Ouest) avant tout déploiement.

Malgré tout cela, les enquêteurs restent fortement mobilisés parce qu’ils savent que derrière chaque questionnaire rempli, il y a une réalité humaine qui compte. Chaque journée se conclut par un débriefing où l’avancement, les difficultés et les ajustements méthodologiques sont partagés avec le chef d’équipe — un rythme de travail rigoureux, encadré, mais soumis aux aléas du terrain camerounais. Par grappe, les équipes passaient en Moyenne 2,5 jours y compris les délais de route pour une Moyenne de 2,5 ménages par jour.

4. Quels sont les principaux thèmes abordés dans cette édition du MICS?

Sans anticiper sur les résultats chiffrés, les questionnaires du MICS7 couvrent un champ d’indicateurs particulièrement large et structurant pour les politiques publiques.

Le questionnaire ménage renseigne sur la composition du ménage (par exemple la taille du ménage, nombre moyen des différentes cibles par ménage), l’éducation, le déplacement forcé, les caractéristiques du logement, l’énergie, les transferts sociaux, l’eau, l’assainissement et l’hygiène — des dimensions qui alimentent directement le suivi des Objectifs de Développement Durable liés à la pauvreté, à l’accès aux services de base et à la résilience des ménages.

Le questionnaire femme explore la fécondité, la santé maternelle, la contraception, la santé menstruelle, les taux et quotient de mortalité chez les enfants de moins de 5 ans, l’autonomisation des femmes et les capacités fonctionnelles — des indicateurs clés pour les politiques de santé reproductive et d’égalité de genre. Le questionnaire homme complète cette analyse sur certaines dimensions similaires.

Les questionnaires enfants couvrent un spectre tout aussi stratégique : pour les moins de cinq ans, l’enregistrement des naissances, le développement de la petite enfance, la discipline, l’allaitement, l’alimentation, la vaccination et les mesures anthropométriques ; pour les 5-17 ans, le travail des enfants, la discipline, les capacités fonctionnelles, l’implication des ménages dans l’éducation et les compétences d’apprentissage.

Deux volets techniques viennent objectiver certains de ces indicateurs déclaratifs : les mesures anthropométriques (poids, taille, périmètre brachial, recherche d’œdèmes) permettent de documenter objectivement la malnutrition infantile, tandis que les tests de qualité de l’eau détectant la présence d’E. coli renseignent sur l’exposition réelle des ménages à l’eau contaminée — un déterminant majeur de la santé publique.

5. Quelles seront les prochaines étapes après la collecte ?

Une importante phase technique va commencer après la collecte. Depuis le mois de mai, un processus d’apurement secondaire des données a été engagé parallèlement à la collecte afin de corriger progressivement les incohérences détectées et d’améliorer la qualité des bases de données. Cet apurement se poursuivra jusqu’à environ deux semaines après la fin effective de la collecte.

Ensuite, les différentes équipes techniques se réuniront lors d’un atelier national afin de finaliser les corrections, vérifier la cohérence des informations collectées et produire les principaux tableaux statistiques de l’enquête. Le rapport principal de la MICS 7 est attendu au quatrième trimestre 2026.

6. A quoi serviront les données collectées ?

Au-delà des chiffres, ces résultats permettront surtout de mieux comprendre les réalités vécues par les populations et d’aider les pouvoirs publics, les partenaires au développement, les chercheurs et les acteurs sociaux à mieux orienter les actions dans des secteurs essentiels comme la santé, l’éducation, la nutrition ou encore la protection sociale.

Propos recueillis par Inès TCHOMAGO, RESCOM HISWACA

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